L’élaboration d’un nouveau modèle de développement centré sur une renaissance en France des activités industrielles, démarche que poursuit aujourd’hui l’Association du « Manifeste pour l’Industrie » a été initiée par la publication de deux textes : « Un Manifeste pour l’Industrie » et « Redonnons la priorité à l’industrie ». Ces deux textes sont reproduits ci-après.

« Manifeste pour l’industrie »

 

Le texte qui suit a été publié dans le journal Le Monde le 31 octobre 2013.

Sous forme d’Appel, il a été signé par plus d’une centaine de personnes de tous bords.

Aucun pays ne peut se développer ou même rester un pays avancé sans base productive. C’est pour l’avoir ignoré que certains pays s’enfoncent dans le chaos et que d’autres sont sur la pente du déclin.

Les pertes d’emplois et la disparition de pans entiers de l’industrie ne concernent pas seulement certains secteurs ou bassins d’emploi. Elles ont des effets dévastateurs sur toute l’économie, hypothéquant son avenir et celui des générations futures. Elles mettent ainsi en péril la démocratie.

Rappelons que les êtres humains, pour mieux vivre, ont toujours cherché à économiser du temps de travail ou à travailler moins pour un même résultat : c’est ce qu’on appelle les gains de productivité.

Les économistes classiques des XVIIIe-XIXe siècles l’avaient compris, en défendant l’essor des activités industrielles qu’ils avaient définies comme du « travail productif ». S’il existe bien des activités de services productives (les bureaux d’études, par exemple), celles-ci sont complémentaires de l’industrie.

La promotion depuis les années 1980 d’une pensée néolibérale hégémonique ne faisant aucune distinction entre le « travail productif » et d’autres activités utiles à la société comme, par exemple, les services à la personne ou encore les activités de services touristiques, a complètement occulté la nécessité de disposer d’une base industrielle solide et efficace.

Prise au piège d’une pensée néolibérale qui procède par confusion, la pensée économique est en crise. La valeur est devenue la valeur actionnariale. L’économie est assimilée aux seules entreprises. Le travail est considéré comme un coût. Les cotisations sociales sont devenues des « charges ». L’expertise légitime concernant l’industrie relèverait des seuls dirigeants d’entreprises dont cela serait le « métier ».

NIVEAUX INÉGALÉS

A l’heure où les fermetures d’entreprises atteignent des niveaux inégalés, un « pacte productif » pour la France apparaît comme une nécessité. Les termes de ce pacte doivent d’abord changer les représentations et les pratiques.

Tout d’abord, la reconnaissance de la compétence de tous ceux qui travaillent doit se substituer à une vision du travail assimilé à un coût qu’il convient de réduire à tout prix ; la finance doit être mise au service du développement des activités productives, et non l’inverse ; les subventions visant à favoriser la localisation des entreprises doivent laisser la place à des stratégies d’ancrage territorial des activités fondées sur la proximité (géographique, mais aussi de compétences et de confiance) ; le respect de l’environnement ne doit plus être considéré comme une contrainte mais comme une opportunité.

Pour inventer l’industrie dont la France a besoin, il ne suffira pas que les entreprises, fortement soutenues par les pouvoirs publics, consentent à investir dans la recherche et le développement de technologies de pointe.

Il faut surtout qu’un gigantesque effort d’éducation et de qualification soit mené, allant de l’école à l’entreprise. Cet effort, qui nécessitera des moyens importants sur la durée, ne peut prendre son véritable sens que si le regard porté sur le travail change radicalement.

Si les entreprises veulent innover, être compétitives par la qualité de leurs produits, elles devront reconnaître que le travail est synonyme de compétences et source de créativité.

Vouloir innover et continuer de considérer le travail comme un coût qu’il faut réduire et flexibiliser est une impasse, qui explique le retard d’innovation de nombre d’entreprises françaises, voire la situation critique de certaines d’entre elles qui, après avoir prétendu pouvoir se passer d’usines, prétendent aujourd’hui se passer de leurs ingénieurs.

PRÉFÉRENCE POUR LE LONG TERME

Contrairement à ce qui est souvent avancé, la baisse des coûts ne vise pas le plus souvent à améliorer la compétitivité, mais à augmenter à court terme la rentabilité et la satisfaction des actionnaires.

Jamais ceux-ci n’auront prélevé sur les entreprises des dividendes aussi élevés et quasi garantis. Vouloir rétablir les marges ne suffit pas, et peut même se révéler contre-productif. Il convient plutôt de définanciariser les entreprises en introduisant dans leur gestion des mécanismes de préférence pour le long terme.

Attribuer, lors des assemblées générales d’actionnaires, des droits de vote calculés en fonction de la durée de détention des titres va dans le bon sens. Il en irait de même d’une fiscalité différenciée qui avantagerait le réinvestissement des bénéfices au détriment du versement de dividendes devenus excessifs.

Un développement durable de l’industrie supposerait également un enracinement territorial autrement plus fort qui peut être stimulé par la densification des réseaux territoriaux et la promotion d’une économie circulaire économisant les ressources.

Une telle perspective serait la trame d’un projet et redonnerait de l’espoir à un pays actuellement sans boussole et qui ne saurait être orienté par des objectifs comme la réduction des déficits publics et la reconstitution des marges des entreprises.

Une centaine de signatures :

Gabriel Colletis, de l’université de Toulouse-I-Capitole et chercheur au Lereps, et Pierre Grou, professeur émérite de sciences économiques de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, les deux auteurs de ce manifeste, l’ont fait circuler dans les milieux universitaires et économiques et ont recueilli plus d’une centaine de signatures dont voici la liste:

Gilles Ardinat, professeur agrégé et docteur en géographie, Université Montpellier 3

Jérôme Aury, Responsable de Développement dans le secteur Aéronautique

Tristan Auvray, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université Paris 13

Daniel Bachet, Professeur de Sociologie, Université d’Evry Val d’Essonne Philippe Batifoulier, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université Paris Ouest

Marie-Claude Bélis-Bergouignan, Professeur Emérite de Sciences Economiques, GREThA, Université Bordeaux 4

Renaud Bellais, économiste, habilité à diriger des recherches, chercheur associé à l’ENSTA Bretagne

Pascal Bonnin, Conseiller en formation-développement, ADEFPAT

Frédéric Bosqué, Entrepreneur

Sophie Boutillier, Maître de Conférences en Sciences économiques, HDR, Université du Littoral-Lille Nord de France, Vice-présidente de Réseau de Recherche sur l’Innovation

Olivier Brossard, Professeur d’économie à l’IEP de Toulouse, chercheur au LEREPS

Sylvain Broyer, Economiste, enseignant à l’Université de Paris-Dauphine

Patrice Brunet, Président de l’ADEAS (Association pour la Défense de l’Epargne et de l’Actionnariat des Salariés) d’Orange

Christophe Carrincazaux, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université de Bordeaux 4

David Cayla, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université d’Angers, chercheur au Granem

Hervé Charmettant, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université Pierre Mendès France à Grenoble

Cécile Chicoye, ancienne élève de l’ENA

Mickaël Clévenot, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université de Bourgogne

Marie Coris, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université de Bordeaux 4

Sébastien Crozier, Président CFE-CGC Orange

Thomas Dallery, Maître de conférences en économie à l’Université du Littoral Côte d’Opale, Laboratoire T.V.E.S.

Philippe Davezies, enseignant-chercheur en médecine et santé au travail à l’Université de Lyon 1

Bernard Devert, syndicaliste

Jean-François Draperi, Directeur du centre d’économie sociale du Cnam

Guillaume Etievant, expert auprès des Comités d’entreprise

Olivier Favereau, Professeur de sciences économiques, Université Paris Ouest – Nanterre La Défense et CNRS : EconomiX, UMR 7235. Co-fondateur de l’école doctorale « Economie, Organisations, Société » (ED 396 : Paris Ouest et Mines- ParisTech)

David Flacher, Maître de Conférences, Université Paris 13, Directeur du CEPN (CNRS UMR 7234)

Vincent Frigant, Maître de Conférences à l’Université de Bordeaux 4

Jérôme Gautié, Professeur de Sciences économiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Institut des Sciences Sociales du Travail

Brigitte Gay, Economiste Patrick Gianfaldoni, Maître de conférences en économie,titulaire du cours en économie industrielle (L3 AES), Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse

Antoine Girard, Auteur – Réalisateur

Jean-Luc Gréau, Economiste

Abdelillah Hamdouch, Economiste, Professeur en Aménagement de l’Espace et Urbanisme à l’Université de Tours. Membre du Conseil Scientifique et du Groupe « Les espaces de la dynamique industrielle » du programme Territoires 2040 de la DATAR

Marc Humbert, Professeur de Sciences Economiques à l’Université de Rennes 1

Anne Isla, Maître de Conférences en Sciences Economiques à l’Université Toulouse 2

Philippe Jeannin, Professeur des Universités en Sciences économiques à l’Université Paul Sabatier, IUT de Tarbes, chercheur au LEREPS, Université Toulouse 1-Capitole

Rémi Lallement, Economiste

Blandine Laperche, MCF HDR, Université du Littoral Côte d’opale, Directrice GREI/ Lab.RII ULCO, Vice-Présidente du Réseau de Recherche sur l’Innovation

Colette Laury, Professeure associée aux Universités de Metz et de Strasbourg

Olivier Leberquier, délégué syndical CGT de FRALIB

Arnaud Lechevalier, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université de Paris 1, chercheur associé au LISE (CNRS) et au Centre Marc Bloch (Université Humboldt zu Berlin)

Sébastien Lechevalier, Maître de conférences à l’EHESS

Jacques Léger, syndicaliste

Jean-Christophe Le Duigou, économiste, syndicaliste

Edwin Le Heron, Maître de conférences en Sciences économiques, Sciences Po Bordeaux

Arnauld de L’Epine, Economiste, Ars Industrialis

Francois Licoppe, dirigeant de société (Belgique)

Zeting Liu, économiste au GREI (ULCO)/Clersé UMR 8019 (Université Lille Nord de France), membre du Réseau de Recherche sur l’Innovation

Stefano Lucarelli, Diplômé de l’université Bocconi en sciences économiques et sociales, Assistant Professor in Political Economy, Università di Bergamo, Italie

Paul Jorion, Détenteur de la chaire « Stewardship of Finance », VUB-ULB

Luc Marco, Professeur de sciences de gestion à l’Université Paris 13, Sorbonne Paris Cité

Hélène Marcy, responsable communication, CFE-CGC Orange

Jean-Pierre Méchin, Président de Breizh Conseil, Chambre Professionnelle du Conseil en Bretagne, Gérant associé de BLV Consulting Group

Dominique Mertens Santamaria, Maître de Conférences en Sciences économiques à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Jean-René Méthout, assureur

Sandrine Michel, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université Montpellier

Olivier Midière, Fondateur du magazine (Re)Conquêtes industrielles

Jean-Paul Mirat, Directeur Administratif et Financier d’entreprise

Jean-Marie Monnier, Professeur des Universités, Centre d’Economie de la Sorbonne UMR CNRS 8174

Matthieu Montalban, Maître de Conférences en Sciences Economiques à l’Université de Bordeaux 4

François Morin, Professeur Emérite de Sciences économiques, Université de Toulouse 1-Capitole

Laure Morel, Professeur des Universités, Université de Lorraine-ENSGSI, Directeur de l’ERPI, Vice-Présidente Public Affairs – IAMOT

Léonard Moulin, Doctorant à l’Université Paris 13, Sorbonne Paris Cité, CEPN – CNRS (UMR 7234)

Simon Nadel, doctorant en économie, Université de Toulouse 1-Capitole

Martino Nieddu, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université de Reims

Monique Oyallon, Associate Professor, Mansfield University, Etats-Unis

Gilles Paché Professeur des Universités en Sciences de Gestion à l’Université d’Aix-Marseille

Olivier Pastré, Professeur de Sciences économiques à l’Université de Paris 8

Bernard Paulré, Professeur Emérite de Sciences économiques, Paris 1

Roland Pérez, Professeur Emérite de Gestion à l’Université de Montpellier

Jean-Marie Pernod, chercheur en Sciences politiques

Evelyne Perrin, économiste, membre du Conseil scientifique d’ATTAC

Jacques Perrin, Directeur de rechercher Emérite du CNRS

Nicolas Piluso, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université de Toulouse 3

Jérôme Porfirio, ingénieur Arts et Métiers, Directeur pôle de compétitivité AVENIA

Nicolas Postel, économiste, Vice-Président ressources collectives de l’Université de Lille1

Marc Potel Responsable développement durable secteur bancaire

Gilles Rasselet, Professeur émérite en Sciences économiques à l’Université de Reims Champagne Ardenne

Jacques Ravinet, Directeur associé de Shanea

Edita Rebours, Chef d’entreprise, Présidente de Breizh féminitude

Françoise Renversez Professeur émérite à Paris-Ouest-Nanterre la Défense,EconomiX UMR 72-35

Nadine Richez-Battesti, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université d’Aix Marseille et chercheur au Lest-Cnrs

Katia Richomme-Huet, Professeur associé à Kedge Business School

Yorgos Rizopoulos, Professeur de Sciences économiques à l’Université de Paris 7 Diderot

Michel Rocca, économiste, Vice-Président de l’Université Pierre Mendès France à Grenoble

Claude Rochet, Professeur des Universités, Institut de management public, Aix-Marseille Université – CERGAM

Roberts Salais, Economiste, Ecole Normale Supérieure de Cachan

Pierre Salama, Professeur Emérite de Sciences économiques, Université de Paris 13

Henri Savall, Professeur Émérite à l’IAE Lyon, Université Jean Moulin

Gérard Séchaud, Directeur honoraire de la Banque de France – Conseil d’entreprises

Michel Skoryk, chef d’entreprise Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE

Bernard Stiegler, Philosophe, Président d’Ars Industrialis

Damien Talbot, Professeur en Sciences de Gestion à l’Université d’Auvergne CRCGM

Ludovic Temple, Habilité à diriger des recherches en Economie, animateur d’équipe au CIRAD

Pascale Touratier, Docteur en Economie, URCA, Responsable pédagogique site de l’IUT de Troyes Claude

Emmanuel Triomphe, Délégué général de l’Association Travail Emploi Europe Société

Dimitri Uzunidis, Professeur d’Economie politique, Université du Littoral, Président de la Société Internationale

Jean-Baptiste Say, Président du Réseau de Recherche sur l’Innovation Editeur de la revue Innovations, Cahiers d’économie de l’Innovation/Journal of Innovation Economics

Philippe Vidal, Directeur Marketing

Serge Walery, Maître de Conférences à l’Université d’Aix-Marseille

Olivier Weinstein, Professeur des Universités en Sciences économiques, chercheur au CEPN, Université Paris 13 – Sorbonne Paris Cité

Bénédicte Zimmermann, Directrice d’études à l’EHESS

Jean-Marc Zuliani, Maître de conférences en Géographie, Université de Toulouse 2.

 

 

 

« Redonnons la priorité à l’industrie »

 

Le texte qui suit a été publié dans le journal Le Monde le 18 janvier 2017.

Il a été signé par une trentaine de personnalités, universitaires, syndicalistes, dirigeants politiques de bords différents.

 

La France a perdu près d’un million d’emplois industriels depuis 2001. Plusieurs responsables politiques et syndicaux appellent à réorienter l’économie.

Ce chiffre-là glace d’effroi. Et même en pleine campagne électorale, où les discours doivent donner de l’élan, il faut bien le citer. Peut-être même le crier : depuis 2001, l’industrie française a perdu chaque jour, en moyenne, 165 emplois. Une ville comme Lourdes ou Fontainebleau « rayée » chaque trimestre, et cela pendant quinze ans. Au total, près d’un million d’emplois directs perdus. Ça suffit ! Si enclin à fustiger de « démagogue » tout discours à rebours de ses idées austéritaires, le patron des patrons, Pierre Gattaz, promettait effrontément de créer « un million d’emplois » si le coût du travail baissait suffisamment.

Selon la même magie de l’appauvrissement, François Fillon, assure lui de diviser par deux le taux de chômage. Ils trompent les Français ! Pour retrouver le sentier du développement et de l’emploi, le pays ne doit pas jouer les Pères Fouettards du salariat mais s’appuyer sur la mère de toutes les batailles productives : l’industrie. Même à l’heure du numérique et de la robotique, l’industrie entraîne avec elle toute l’activité, la recherche, l’investissement et, au final, l’emploi.

Réorientons les activités industrielles et productives. Dans une dynamique nouvelle de développement, les activités industrielles devront être vigoureusement stimulées et réorientées de manière à répondre aux besoins fondamentaux tels qu’une alimentation saine, respectueuse de la rareté des ressources naturelles (terre, eau, air), une santé protégée et des logements économes en énergie… Cette réorientation s’inscrit pleinement dans la perspective de la nécessaire transition écologique et ne pourra être opérée qu’avec des travailleurs mieux formés.

Changeons la place du travail et favorisons un nouvel entrepreneuriat dans l’économie et la société. La place du travail dans notre société et dans notre économie est fortement questionnée aujourd’hui. Le chômage et le mal emploi se répandent, les compétences sont globalement mal valorisées. Or l’innovation n’est pas le fruit spontané des nouvelles technologies mais bien le résultat des interactions humaines.

Le développement industriel a besoin de salariés innovants, aux compétences reconnues, bien rémunérés, occupant des emplois stables et prenant une part active aux décisions. Seuls des salariés compétents et impliqués sont, en effet, en mesure de donner aux entreprises les capacités d’innover. Ici réside le compromis fondamental entre le capital et le travail sans lequel aucun développement n’est possible.

Remettons la finance à sa place

De concert avec une organisation du travail fortement rénovée, de nouvelles formes de travail et d’entrepreneuriat devront être stimulées. L’innovation ouverte, l’externalisation ouverte, les tiers lieux, les « fab lab », les très jeunes entreprises devront être soutenus. L’économie sociale et solidaire devra être encouragée et l’économie collaborative promue et protégée afin de ne pas devenir un avatar « ubérisé » du capitalisme financiarisé.

Remettons la finance à sa place. La finance continue d’étouffer l’industrie. Le temps des marchés financiers et celui des publications de résultat trimestriel ne sont pas ceux de l’entreprise et des projets industriels. Sans parler des exigences excessives de rendement des capitaux propres qui privent les entreprises de nombreuses opportunités industrielles et commerciales. Le principe même de cette finance folle est profondément inégalitaire puisqu’il rémunère les « facteurs » selon leur propension à la mobilité.

Ancrons également les activités dans les territoires. C’est un autre enjeu essentiel de la nouvelle dynamique de développement. Un tel ancrage repose sur les différentes dimensions de la proximité territoriale : compétences, ressources et valeurs. Si le renforcement des différentes dimensions de la proximité trouve naturellement sa place dans une dynamique nouvelle de développement, il en va de même de l’économie circulaire ou encore de l’économie de la fonctionnalité.

L’économie circulaire élimine la notion de « déchet » en considérant, dès la conception des produits, leur recyclage et leur réparabilité dans une perspective opposée à l’obsolescence admise, voire programmée. L’économie de la fonctionnalité met, elle, l’accent sur une utilisation raisonnée et le plus souvent partagée des services que peuvent rendre les biens, plutôt que leur propriété individuelle.

Nous ne croyons pas que la politique d’austérité suivie depuis des années soit de nature à donner à la France la perspective et le dynamisme dont elle a besoin. Les coupes claires budgétaires ne peuvent que provoquer la récession et la contraction des débouchés des entreprises. Seul un développement des activités productives soutenu par une politique publique de relance et des dispositifs financiers tournés vers l’investissement dans l’industrie – et non au versement de dividendes accrus – permettra de retrouver le chemin de la prospérité. Il s’agit d’un enjeu collectif qui engage tous les Français, et qui doit être au cœur des débats qui vont animer les campagnes électorales à venir.

Signataires : Jean-Baptiste Barfety, fondateur de la Conférence Gambetta ; Marie-Françoise Bechtel, député République moderne ; Gabriel Colletis, professeur de sciences économiques (Toulouse 1-Capitole) ; Eric Coquerel, Parti de gauche ; Laurent Cordonnier, maître de conférences en économie, Université de Lille ; Franck Dedieu, délégué général République moderne ; Pierre Dubreuil, ancien conseiller régional Ile-de-France, chargé du projet « Nouvelle Europe, auprès d’Arnaud Montebourg ; Guillaume Etievant, économiste, expert auprès des comités d’entreprise ; Olivier Favereau, économiste ; André Gauron, économiste ; Jacques Généreux, Parti de gauche ; Gaël Giraud, chef économiste de l’Agence française de développement ; Gaëtan Gorce, sénateur PS ; Roland Gori, psychanalyste ; Alain Grandjean, économiste associé de Carbone 4 ; Michel Husson, statisticien et économiste à l’Institut de recherche économiques et sociales ; Pierre Laurent, secrétaire national PCF ; Jean-Claude Mailly, secrétaire national du syndicat FO ; Philippe Martinez, secrétaire national du syndicat CGT ; Benjamin Masse-Stamberger, journaliste ; Arnaud Montebourg, candidat à la primaire de la gauche ; Etienne Morin, professeur d’économie en classes préparatoires ; François Morin, professeur émérite de sciences économiques, Toulouse 1-Capitole ; Pierre-Alain Muet, député PS ; Christophe Ramaux, maître de conférences en économie, Université de Paris 1 ; Robert Salais, directeur de recherche émérite en économie au CNRS ; Danielle Simonnet, parti de gauche ; Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE. Bernard Thibault, ancien secrétaire national de la CGT.

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